Extrait du livre Coriolis

Extrait Force de Coriolis

 

Sous mes doigts, le papier de verre granuleux s’acharne sur la porte en merisier. Quelques glaneurs en ont sauvé six d’une maison en démolition. Cela aurait pu être Tikoulin. Je ne peux concevoir qu’une maison construite de mains travailleuses et artistes puisse être reléguée à tas de poussière fumante. Tant de sueur déversée, de jurons et de rires égayés sur la tranche de midi, à même le mur à moitié cimenté. D’un poing de machine, de deux coups de masse, de trois mâchoires de grue, on réduit l’âme d’une maison à cendre de bois. Les souvenirs ont-ils seulement le temps de se sauver ? Par l’entrebâillement d’une porte, une narine de cheminée, une brisure de vitre ?

Cette porte est un radeau sauvé d’une méduse de métal et d’huile, bitumée de noircissure. J’en ferai une table basse. Elle gardera ses volutes. Je lui laisserai le trou de la serrure pour que s’échappent, esprits en fusion, les derniers souvenirs ou les fantômes. La maison qui l’accueillera, de l’autre côté de l’enceinte de la prison, aura bien assez de ses propres fantômes.